Interview Henri Devier

30/06/2008 - Lu 1278 fois
Interview d'Henri Devier

Interview d'Henri Devier 
extrait du GT du 20 Mars 2008, par Jean Pierre Lecourt

Le jeudi 6 mars 2008 Henri Devier a répondu pendant plus de deux heures aux questions posées par téléphone par Jean-Pierre Lecourt. La conversation devait être enregistrée. La technologie n’a pas joué le jeu et aucune trace ne subsista. Il était exclu de demander à l’interviewé de recommencer l’exercice. De sorte qu’il ne s’agit, ci-dessous, que du souvenir pour le moins fragile que l’intervieweur a conservé de cet échange. Il manque en particulier les mots d’Henri Devier ; ce que ne peut combler l’ajout, après coup, de quelques informations se rapportant aux noms propres qu’Henri Devier a cités.


J-P L : Vous dirigez la gare mondiale. Pourquoi ce nom ?
H.D : En 1991, nous devions reprendre un lieu sur Toulouse avec L’Emballage théâtre. Il y a eu La guerre du Golfe et nous nous sommes dit : « Appelons ce lieu La gare mondiale. Une manière de jouer avec les mots, de jouer la Gare contre la Guerre. C’était bien sûr ironique, dans l’esprit du centre du monde trouvé par Salvador Dali dans la gare de Perpignan ; mais le réel nous a rattrapé lorsque nous avons ouvert ce lieu en 2001, non pas à Toulouse, le projet était tombé à l’eau mais à Bergerac : c’était le 12 Septembre 2001 ! Et puis la gare c’est avant tout un point de départ, un espace où l’on passe, qui est ouvert au monde.


J-P L : Vous m’avez dit être très intéressé par la création contemporaine; ça commence quand, pour vous, le contemporain ?
H.D : A Sigma, le Festival bordelais. Extraordinaire ! C’est là que j’ai pris contact brutalement avec de nombreux artistes contemporains et que j’ai appris l’essentiel. Dans toutes les directions, dans un mélange de disciplines et de styles. Je crois bien que j’y ai tout vu ! Je vois encore ces bousculades pour assister au travail de Jan Fabre ou au concert de Colette Magny, quand les portes de l’Alhambra pliaient sous la pression de la foule …


J-P L : Vous souvenez-vous du premier spectacle qui vous ai impressionné ?
H.D : Oui, Ellia Télégram un spectacle de Wladyslaw Znorko, en 1981…Il venait, à Lyon, de fonder le Cosmos Kolej qui est à la recherche d’un langage théâtral universel et dont l’emblème est un petit vélo poché sur les murs des villes qu’il traverse. Il est aujourd’hui installé à la Gare Franche, à Marseille,


J-P L : Quand avez-vous envisagé sérieusement de consacrer votre vie au spectacle ?
H.D : Lors d’une représentation, à Bergerac, du Living Theater, fondé par Julian Beck et Judith Malina. Il avait été invité par une association « L’ ACTE » ; l’engagement physique et politique des acteurs m’a aussitôt donné envie de faire le même métier.


J-P L : Quelle formation avez-vous reçue ?
H.D : Je suis un autodidacte et, longtemps, j’ai fièrement revendiqué ce statut. Aujourd’hui, je suis plus nuancé car il y a dans les pratiques artistiques des moments où l’on a besoin d’acquérir un savoir ; en tous les cas de se confronter avec d’autres. Mais cela devrait se faire à la demande et non comme une étape préalable car il y a le risque que ce savoir technique serve à masquer un vide. L’important, c’est la passion, l’engagement. Malgré tout, au Lycée de Bergerac, j’ai fait parti du Club Théâtre. Je me souviens en particulier avoir joué le mur dans la petite pièce de théâtre qui figure à l’intérieur du Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare…Ce qui m’a le plus impressionné c’est de pouvoir provoquer le rire chez les spectateurs.


J-P L : Quelles sont les personnes qui ont influencé votre itinéraire artistique ?
H.D : Wladyslaw Znorko, déjà cité mais aussi le metteur en scène polonais Tadeusz Kantor qui est mort en 1990 et qui était en même temps organisateur de happenings, peintre, scénographe, écrivain ou encore théoricien de l’art. J’ai été bouleversé par La Classe Morte, ce spectacle sur le fugitif et le permanent, qu’il a créé au Festival mondial de Théâtre de Nancy en 1975 et qui a assuré sa notoriété. Nancy me rappelle que je me dois d’évoquer aussi Pina Bausch, pour la danse-théâtre qui nous a beaucoup préoccupé. Et puis également François Tanguy qui a fondé en 1985, avec Laurence Chable, le Théâtre du Radeau et qui a ouvert, en 1992, la Fonderie, au Mans. Il y élabore un théâtre qui ne prend pas racine dans la narration ni dans la psychologie mais dans la sensation et le mouvement. Pour finir, Eric Da Silva et l’Emballage Théâtre.


J-P L : Pour mieux vous cerner, je souhaiterais que vous me citiez des choses vues dans votre enfance qui constituent, pour vous et pour votre démarche, des références.
H.D : Sans hésiter trois tableaux illustrant les cours d’histoire, trois tableaux comme des images d’Epinal : l’un qui représente Jeanne d’Arc. L’autre, peint par Horace Vernet, montrant Napoléon Bonaparte sur le Pont d’Arcole. Et le troisième qui décrit Bernard Palissy, né à Lacapelle-Biron en 1510 ; on le voit, le bois lui manquant, précipiter dans le feu d’abord ses meubles, puis les portes, les fenêtres et même le plancher de sa maison, pour alimenter son four afin de découvrir le secret de la composition des émaux ; et cela, malgré les grands cris de sa femme épouvantée…


J-P L : Y a-t-il dans votre famille d’autres personnes qui exercent un métier dans le spectacle ?
H.D : Oui, j’ai deux frères qui, à Bergerac, ont fondé, il y a longtemps, un groupe punk qui a fait du bruit au sein du rock aquitain et qui s’appelait Rodéo sur Juliette…C’était très punk ! Ils font aujourd’hui des choses « plus sérieuses »…


J-P L : Avez-vous des amis en dehors du spectacle ?
H.D : Oui, bien sûr, parce qu’à Bergerac…


J-P L : Depuis une vingtaine d’années, on assiste à la multiplication des centres de formation à la gestion des structures culturelles. Qu’en pensez-vous ?
H.D : J’y suis favorable, parce que cela permet de mettre de l’ordre ; d’ailleurs nous avons dejà employé deux personnes, qui venaient directement de l’Université. Ma seule réserve porte sur la faiblesse de la partie artistique de ces formations…


J-P L : La pluridisciplinarité artistique est (re)devenue très à la mode. D’ailleurs, préférez-vous parler de pluri- ou de trans-disciplinarité ?
H.D : En fait, cela m’est indifférent car ma préférence, c’est plutôt la confrontation…D’ailleurs c’est la formule « Recherche et confrontation» qui résume l’esprit de La gare mondiale. Il y a quelques années, nous étions fortement tentés par une certaine imbrication des diverses pratiques artistiques. C’est à cette époque que la danse-théâtre nous a beaucoup intéressé. Et puis, peu à peu, je me suis remis à souhaiter que les diverses pratiques artistiques travaillent ensemble, en toute confiance mais en respectant la spécificité de chacune. Car je crois que tout le monde a à y gagner ; il faut éviter de faire semblant d’emprunter les outils de l’autre. Oui, la confrontation…pas la confusion.


J-P L : N’est-ce pas là une certaine régression ?
H.D : Je ne crois pas ; je parlerais plutôt d’involution, comme Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Mille Plateaux, c’est-à-dire en évoquant cette forme d’évolution « communicative ou contagieuse, qui se fait entre hétérogènes au lieu d’aller d’un moins différencié à un plus différencié ». « Le devenir est involutif, l’involution est créatrice » écrivent-ils en 1980… On ne peut donc pas confondre involution et régression…


J-P L : Pourriez-vous illustrer cette confrontation des pratiques artistiques ?
H.D : Je pense à trois spectacles présentés l’été dernier au Festival d’Avignon : Cruda. Vueltey vuelta. Al Punto. Chamuscada de Rodigo Garcia, Insindeout de Sacha Waltz et surtout l’extraordinaire Angels in America I & II de Krzysztof Warlikowski.


J-P L : Vous disiez avoir pris vos distances vis-à-vis de la Danse-Théâtre, dont je rappelle que le nom a été réinventé par Pina Bausch en 1977, à l’occasion du Festival de Nancy ; en effet, le mot avait déjà été utilisé dans les années 1920, par Kurt Joos, pour ses créations politiquement très engagées…
H.D : Oui, j’ai été très intéressé par cette proposition d’accorder la première place au corps dans les diverses pratiques artistiques et, en particulier, dans le théâtre. Il se trouve que le mouvement - c’est le cas de le dire - est parti des chorégraphes. Mais aujourd’hui, un seuil est franchi et le théâtre doit s’affirmer en tant que tel ; il a autant de raisons de se préoccuper du corps que la danse.


J-P L : J’ai bien compris que vous vous sentez avant tout metteur en scène de théâtre. Qu’est-ce que le Melkior Théâtre ?
H.D : C’est une compagnie de théâtre, implantée à Bergerac depuis février 1981 et qui se veut au service de la création contemporaine. Cette compagnie s’inscrit dans le cadre de ce que le journal Libération a appelé le Théâtre des bandes, c’est-à-dire, en fait, une pratique de vie. Concrètement, à l’origine du Melkior Théâtre il y avait deux couples, qui ont décidé de vivre et de travailler ensemble, faisant ponctuellement appel à d’autres personnes, tels des techniciens lumière ou son, selon les besoins du moment. Cette fusion entre l’art et la vie est pour moi essentielle.


J-P L : Il me semble que cette préoccupation pour la vie quotidienne est aussi une caractéristique de la Danse-Théâtre, se traduisant dans une gestuelle qui ne doit rien aux grandes techniques formalisées… Mais que pensez-vous des expériences de remise en cause de la prédominance du texte dans le théâtre, auxquelles on assiste depuis qu’en 1887 André Antoine a, pour la première fois dans l’histoire, signé de son nom une mise en scène, comme un peintre signe un tableau ? Expériences qui tendent, ces dernières années, à se radicaliser…
H.D : Cette formulation (remise en cause de la prédominance du texte) me convient très bien. Effectivement, il a fallut rompre avec des siècles et des siècles de domination exclusive du texte et les chorégraphes nous y ont fortement incité dans les années 80, bien qu’il y ait eu aussi des gens comme Antonin Artaud qui s’exclamait, en 1924 : l'asservissement à l'auteur, la soumission au texte, quel funèbre tableau ! Mais il poursuivait : Chaque texte a des possibilités infinies…En fait, c’est avec Heiner Müller que le rapport au texte est redevenu pour nous essentiel dans le sens où il est avant tout texte matériau ; c’est-à-dire matière servant à construire. Il nous a permis de conserver une certaine autonomie entre l’action et la narration, sous la forme de ce que l’on appelait à l’époque La Résonnance. Et aujourd’hui, c’est avec Eric Da Silva que nous poursuivons ce travail de reconquête du texte mais cette fois à travers la notion de conflit.

J-P L : Dites-nous quelques mots d’Eric Da Silva.
H.D :
C’est un ami très proche, un metteur en scène, un comédien et un écrivain de théâtre. Depuis 1982 il est le Directeur artistique de la Compagnie Emballage théâtre. Compagnie dont le patronyme est évidemment inspiré de Tadeusz Kantor qui, à New York, réalisa entre 1965 et 1970 une série d'emballages (Le grand emballage) et de happenings (La leçon d'anatomie d'après Rembrandt). A ses débuts, la Compagnie Emballage théâtre a commencé par s'emparer de textes d'auteurs tels que Molière en 1982 avec Dom Juan ; Pierre Guyotat en 1985 avec Tombeau pour cinq cent mille soldats ; Shakespeare en 1988 avec Troïlus et Cressida. Puis, à partir de 1986, dans une démarche là aussi très "Kantorienne", l’Emballage Théâtre s’est mis à jouer "avec" des textes de son metteur en scène, Eric Da Silva : Nous sommes si jeunes, nous ne pouvons pas attendre, en 1986 ; No man's man, en 1991 ; puis Je suis Hiroshima, cent mille degrés de plus que toi, en 1992 et Rapport d'autopsie, en 1993.

 
J-P L : Je crois qu’Eric Silva a travaillé à l’adaptation théâtrale de l’importante oeuvre sociologique coordonnée par Pierre Bourdieu et intitulée La Misère du Monde.
H.D : Il ne s’agit pas là d’une adaptation mais plutôt d’un point de départ. En effet le Centre Dramatique National de Dijon avait proposé à certains auteurs de théâtre de travailler à partir du livre de Pierre Bourdieu. Eric Da Silva, piqué au jeu, s’est lancé dans une écriture fictionnelle et théâtrale regroupant 10 pièces sous le titre emblématique de : Je ne pourrai pas vivre si je croyais que je faisais du mal.
J-P-L : Attribue-t-il des responsabilités sociales et même politiques à l’art ?
H.D : Oui, assurément ! Mais il s’agit d’être clair. Je situerais cet engagement dans la filiation de William Shakespeare et de Bertolt Brecht...


J-P L : Nous sommes en campagne électorale. Cela concerne-t-il le fonctionnement de La gare mondiale ?
H.D : Evidemment…


J-P L : Existe-t-il, selon vous une culture de gauche et une culture de droite ?
H.D :
Sans doute. Cela signifie quelque chose pour moi. Mais c’est très difficile à exprimer. Je voudrais aller au de-là de l’opposition traditionnelle et simpliste entre culture patrimoniale, de droite et culture d’avant-garde, de gauche. Je crois qu’il est aujourd’hui acquis, en France, que l’art doit être soutenu par les pouvoirs publics. Quoique… composée d’une usine, d’une maison et d’un jardin.


J-P L : Quand avez-vous envisagé sérieusement de consacrer votre vie au spectacle ?
H.D : Lors d’une représentation, à Bergerac, du Living Theater, fondé par Julian Beck et Judith Malina. Il avait été invité par l’association L’ACTE ; l’engagement physique et politique des acteurs m’a aussitôt donné envie de faire le même métier.

J-P L : Quelle formation avez-vous reçue ?
H.D : Je suis un autodidacte et, longtemps, j’ai fièrement revendiqué ce statut. Aujourd’hui, je suis plus nuancé car il y a dans les pratiques artistiques des moments où l’on a besoin d’acquérir un savoir. Mais cela devrait se faire à la demande et non comme une étape préalable car il y a le risque que ce savoir technique serve à masquer un vide. L’important, c’est la passion, l’engagement. Malgré tout, au Lycée de Bergerac, j’ai fait parti du Club Théâtre. Je me souviens en particulier avoir joué le mur dans la petite pièce de théâtre qui figure à l’intérieur du Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare…Ce qui m’a le plus impressionné c’est de pouvoir provoquer le rire chez les spectateurs.


J-P L : Quelles sont les personnes qui ont influencé votre itinéraire artistique ?
H.D : Wladyslaw Znorko, déjà cité mais aussi le metteur en scène polonais Tadeusz Kantor qui est mort en 1990 et qui était en même temps organisateur de happenings, peintre, scénographe, écrivain ou encore théoricien de l’art. J’ai été bouleversé par La Classe Morte, qu’il a créé au Festival mondial de Théâtre de Nancy en 1975, assurant sa notoriété. Ce qui me rappelle que je me dois d’évoquer aussi Pina Bausch, pour la danse-théâtre qui nous a beaucoup préoccupés. Et puis également François Tanguy qui a fondé en 1985, avec Laurence Chable, le Théâtre du Radeau et qui a ouvert, en 1992, la Fonderie, au Mans. Il y élabore un théâtre qui ne prend pas racine dans la narration ni dans la psychologie mais dans la sensation et le mouvement. Pour finir, Eric Da Silva et l’Emballage Théâtre.

J-P L : Pour mieux vous cerner, je souhaiterais que vous me citiez des choses vues dans votre enfance qui constituent, pour vous et pour votre démarche, des références.
H.D : Sans hésiter trois tableaux illustrant les cours d’histoire, trois tableaux comme des images d’Epinal : l’un qui représente Jeanne d’Arc. L’autre, peint par Horace Vernet, montrant Napoléon Bonaparte sur le Pont d’Arcole. Et le troisième qui décrit Bernard Palissy, né à Lacapelle-Biron en 1510 ; on le voit, le bois lui manquant, précipiter dans le feu d’abord ses meubles, puis les portes, les fenêtres et même le plancher de sa maison, pour alimenter son four afin de découvrir le secret de la composition des émaux ; et cela, malgré les grands cris de sa femme épouvantée…

J-P L : Y a-t-il dans votre famille d’autres personnes qui exercent un métier dans le spectacle ?
H.D : Oui, j’ai deux frères qui, à Bergerac, ont fondé, il y a longtemps, un groupe punk qui a fait du bruit au sein du rock aquitain et qui s’appelait Rodéo sur Juliette…C’était très punk ! Ils font aujourd’hui des choses « plus sérieuses »…


J-P L : La pluridisciplinarité artistique est (re)devenue très à la mode. D’ailleurs, préférez-vous parler de pluri- ou de trans-disciplinarité?
H.D : En fait, cela m’est indifférent car ma préférence, c’est plutôt la confrontation…D’ailleurs c’est la formule Recherche et confrontation qui résume l’esprit de La gare mondiale. Il y a quelques années, nous étions fortement tentés par une certaine imbrication des diverses pratiques artistiques. C’est à cette époque que la danse-théâtre nous a beaucoup intéressés. Et puis, peu à peu, je me suis remis à souhaiter que les diverses pratiques artistiques travaillent ensemble, en toute confiance mais en respectant la spécificité de chacune. Car je crois que tout le monde a à y gagner ; il faut éviter de faire semblant d’emprunter les outils de l’autre. Oui, la confrontation…pas la confusion.


J-P L : N’est-ce pas là une certaine régression ?
H.D : Je ne crois pas ; je parlerais plutôt d’involution, comme Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Mille Plateaux ; c’est-à-dire en évoquant cette forme d’évolution « communicative ou contagieuse, qui se fait entre hétérogènes au lieu d’aller d’un moins différencié à un plus différencié ». « Le devenir est involutif, l’involution est créatrice » écrivent-ils en 1980… On ne peut donc pas confondre involution et régression…


J-P L : Pourriez-vous illustrer cette confrontation des pratiques artistiques ?
H.D : Je pense à trois spectacles présentés l’été dernier au Festival d’Avignon : Cruda. Vueltey vuelta. Al Punto. Chamuscada de Rodigo Garcia, Insindeout de Sacha Waltz et surtout l’extraordinaire Angels in America I & II de Krzysztof Warlikowski.

J-P L : Vous disiez avoir pris vos distances vis-à-vis de la Danse- Théâtre, dont je rappelle que le nom a été réinventé par Pina Bausch en 1977, à l’occasion du Festival de Nancy ; en effet, le mot avait déjà été utilisé dans les années 1920, par Kurt Joos, pour ses créations politiquement très engagées…
H.D : Oui, j’ai été très intéressé par cette proposition d’accorder la première place au corps dans les diverses pratiques artistiques et, en particulier, dans le théâtre. Il se trouve que le mouvement

J-P L : Vu de l’extérieur, le département de la Dordogne a une politique culturelle très dynamique…
H.D : C’est la réalité. Et dans tous les secteurs. J’ai le sentiment que cela est dû à Guy Schneller qui occupait des responsabilités administratives au Conseil général de la Dordogne et qui a mené une politique culturelle extraordinaire… Je mets beaucoup d’espoirs dans l’action de Joël Olivier qui est en train de restructurer les divers axes de l’action culturelle, au niveau du département.

J-P L : Comment définiriez-vous la spécificité périgourdine en matière culturelle ?
H.D : L’urbain dans la ruralité…


J-P L : Revenons à La gare mondiale. Comment a-t-elle été créée ?
H.D : En 2000, Le Maire de Bergerac nous a proposé d’occuper un lieu dans une ancienne friche industrielle à condition que nous menions une action forte en direction des populations du quartier. Nous avons accepté sans aucune réticence.


J-P L : Comment cela s’est-il passé avec les architectes ?
H.D : Très bien ! Nous avons d’abord refusé l’idée d’une grande salle au profit de deux petits espaces. C’était une terrible contrainte que nous nous sommes imposés mais qui a eu l’immense avantage de nous empêcher de nous laisser piéger par la difusion. Il est pour nous très important que le Melkior Théâtre existe pleinement en tant que Compagnie de Création. C’est cette Compagnie et son projet artistique qui sont garants de la dynamique qui anime le lieu dénommé La gare mondiale.

J-P L : Ceci dit, maintenant que les bonnes habitudes sont prises, ne songez-vous pas à occuper une grande salle, à côté des deux petits espaces ?
H.D : Si, bien sûr ; nous y pensons et peut-être cela viendrat- il un jour…


J-P L : Du 10 au 21 mars va avoir lieu, à la gare mondiale, la 3ème édition des Traversées…
H.D : En fait, c’est la première fois que les Traversées s’installent à Bergerac. Il se trouve que nous voulions organiser quelque chose autour de l’improvisation. Fabienne Bidou (ancienne directrice du Centre Culturel de Bergerac et aujourd’hui responsable de la musique à l’ONDA) nous a fait rencontrer David Chiesa qui est le co-fondateur de la Compagnie Le Clou, basée en Dordogne. Depuis 1997 il s’est tourné vers l’improvisation, en orientant son travail sur la relation que la musique peut entretenir avec d’autres pratiques artistiques telles que la danse, la poésie, le cinéma expérimental et la phonographie. Il a joué en Europe, aux États Unis ou encore au Liban et en Afrique. C’est lui qui est responsable des Traversées et qui a réuni les cinq autres artistes qui vont venir à Bergerac expérimenter un nouveau lieu, avec d’autres contraintes, de nouvelles collaborations et d’autres publics. Nous avons pensé opportun de proposer à Christophe Cardoën et à Gaëlle Rouard d’accompagner ce travail ; pour cela, nus avons demandé au premier de concevoir une exposition. Il va créer un dispositif lumineux au Rocksane, comme il l’a souvent fait dans divers espaces, dans de multiples pays. Et nous avons demandé à la seconde, membre de l’Atelier MTK et de l’association ART-TOUNG, également de Grenoble, de concevoir la projection d’une série de films expérimentaux.

J-P L : Pouvez-vous choisir un ou deux moments particulièrement forts, dans l’histoire de La gare mondiale ?
H.D :
Quatre, parmi beaucoup d’autres : la venue de Théâtre des Chimères qui a été créé à Bayonne, en 1979, par Jean-Marie Broucaret et Marie-Julienne Hingant et qui réside depuis 1995 à Biarritz. Ils sont venus à La gare mondiale présenter Copirécup qui est un spectacle qui s’articule autour de 4 oeuvres de Copi, le dramaturge argentin. Le deuxième concerne plus particulièrement le travail réalisé par Guy Alloucherie venu s’installer, avec les acteurs de la Compagnie Hendrick Van Der Zee, dans le quartier dans lequel se situe La gare mondiale, pour créer, à partir du témoignage des habitants du quartier, un spectacle in-situ, intitulé Inventaire. Le troisième moment fort, ce fut la création de La demande en mariage par l’Emballage Théâtre à La gare mondiale. Et, pour finir, j’évoquerai l’étrange proposition du chorégraphe Boris Charmatz, intitulée héâtre-élévision et qui s’adressait à un seul spectateur ; et cela en partenariat avec Eric Bernard…

J-P L : A ce propos, que pensez-vous des grandes Traversées, fondées et animées par Eric Bernard et Virginie Bastide ?
H.D : Très sincèrement, que du bien ! Je connais Eric depuis longtemps. J’ai suivi tout le Parcours organisé dans l’agglomération bordelaise, en novembre 2007. J’ai tout particulièrement apprécié The Mysteries of Love, au Carré des Jalles de Saint-Médard en Jalles et We are all Marlene Dietrich FOR, à la Base sous-marine de Bordeaux. En un mot, les grandes Traversées sont pour moi très proche du Festival Sigma car elles nous donnent la possibilité de découvrir dans les meilleures conditions artistiques, aussi bien des artistes émergents que des créateurs de plus grande renommée. Et cela dans des pratiques multiples. Oui, un passage obligé de la création contemporaine !


J-P L : Merci !

 
     
 
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