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Vers la Tendresse

Mercredi 14 nov 2018

POURSUITE DES RENCONTRES DU RÉEL #6 AVEC UN BEAU FILM AU CENTRE SOCIAL GERMAINE TILLION.

L’Oeil Lucide, c’est 10 ans d’activisme entre territoires ruraux et quartiers populaires, au services des écritures les plus singulières, les plus réalistes mais aussi les plus poétiques du cinéma documentaire de création. C’est 5 années de collaboration très proche avec le Melkior Théâtre/La gare mondiale et de nombreuses programmations croisées, notamment au sein de [TrafiK]*
L’Oeil Lucide relance en 2018 son festival LES RENCONTRES DU RÉEL, véritable fête du docu de création, dans différents villages et villes du Périgord Pourpre. Cette année, c’est à Bergerac au sein de la programmation de [TrafiK]* à Bourrou au Café Lib’, à Badefols-sur-Dordogne et à Lalinde que vont se dérouler les diverses propositions des Rencontres Du Réel #6.
Pour [TrafiK]* 2018, « Nous sommes si jeunes nous ne pouvons pas attendre » a inspiré ces rencontres cinématographiques d’un genre unique, avec une programmation découpée en 5 séances, pour toutes les personnes et dans une relation étroite avec leurs attentes et les thématiques les plus denses de la thématique jeunesse.

MERCREDI 14 NOVEMBRE 2018
VERS LA TENDRESSE | CENTRE SOCIAL GERMAINE TILLION | 17h30

Rue Rodolf Noureev, Bergerac
Alice Diop | France | 2016 | 39 minutes

« A Montreuil, des garçons traînent devant chez moi du matin jusqu’au soir. Je me suis dit qu’ils pourraient peut-être porter leur voix et je suis allée les voir. Je leur ai proposé de travailler avec moi et j’ai organisé un atelier avec quatre d’entre eux. En entendant ce que j’avais filmé, ils ont prétendu ne pas s’y reconnaître ; mais m’ont parlé différemment lorsqu’on s’est vus en tête-à-tête. » Elle a isolé des scènes de leur vie quotidienne susceptibles d’être jouées par eux et d’éclairer certaines paroles recueillies auprès de ses premiers interlocuteurs. C’est ainsi qu’elle nous les montre à la terrasse d’un kebab ou en voiture, s’en allant passer comme tant d’autres le week-end à Bruxelles. « Ils y prennent des cuites, dépensent leur argent avec des prostituées du « quartier rouge », où abondent les plaques immatriculées 93, 94… et en reviennent tout penauds le lundi, aux aurores. » Cette virée bruxelloise constitue l’un des moments clés de Vers la tendresse. Le plus révélateur de la solitude de jeunes hommes incapables d’envisager l’amour sur un mode moins fruste. Leur répond, en toute fin de séquence, le regard hypnotique d’une femme puissante, comme hors d’atteinte derrière sa vitre. « Ça n’était pas une prostituée, confie la documentariste. Je l’ai vue dans un bar, je l’ai trouvée très belle et elle a accepté de jouer dans mon film. Elle me rappelait certaines images de la photographe sud-africaine Zanele Muholi, qui s’est représentée dans les vitrines d’Amsterdam. »

Jamais avant cette expérience Alice Diop ne s’était aventurée de la sorte dans la mise en scène, jusqu’aux limites de la fiction. « Chaque film doit inventer sa propre forme, dit-t-elle. Etre amenée à dissocier mes sons d’images inexploitables pour les poser sur d’autres, qui ne leur correspondaient pas, m’a permis de m’éloigner du cinéma direct tel que je le pratique. Mais aussi de donner à ces voix une forme d’universalité en les sortant des corps de ceux qui les énoncent. »

Loin de se limiter à une image désespérante de l’amour, le film donne à son titre tout son sens dans sa seconde moitié, qui tire parti de la parole lumineuse d’un homosexuel, ami de la réalisatrice. Puis partage l’intimité d’un jeune couple de la Cité des 3000 (Aulnay-sous-Bois), dans une chambre d’hôtel où ils passent le week-end, faute de pouvoir s’aimer au domicile de leurs parents. Oui, semblent-ils dire aux jeunes hommes du début, l’amour dans les « quartiers » reste possible. « L’un d’eux, pour qui les femmes sont des « putes », des « salopes », m’a surprise en me demandant l’enregistrement de notre conversation. Je lui avais glissé qu’il était digne d’être aimé. Ce qu’aucune femme, avant moi, ne lui avait ­jamais dit. » De la violence misogyne à la possibilité d’aimer : tel est le mouvement ascendant de Vers la tendresse, film d’une grande beauté et porteur d’espoir.

Telerama.fr, François Ekchajzer, 04/01/2017

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